«La césure permet de réaliser un rêve»

Mise à jour le :

Étudiant en master Biodiversité, écologie, évolution à l’université de Bordeaux, Thomas Julienne a choisi d’effectuer une césure entre les deux années de son cursus. Sa traversée de la Patagonie à vélo pour comprendre comment coexistent les pumas et les hommes a donné lieu à la réalisation d’un magnifique documentaire sorti en salle début mars 2025.

Photo : Thomas Julienne lors de sa traversée de Patagonie au cours de son année de césure ©Thomas Julienne
Thomas Julienne lors de sa traversée de Patagonie au cours de son année de césure ©Thomas Julienne

Coexistencia : sur les traces des pumas. Ce documentaire d’une heure entièrement réalisé par Thomas Julienne retrace le parcours captivant de ce jeune biologiste parti en vélo à travers l’Argentine, le Chili et la Patagonie à la rencontre des pumas, grands prédateurs menacés par l’élevage de moutons. Passionné par la faune depuis l’enfance, il a souhaité mieux comprendre les interactions qui opposent les humains et les animaux sauvages. « En Patagonie, les pumas s’attaquent parfois aux troupeaux de moutons et cette situation créée des conflits avec les éleveurs. A travers ce voyage, j’ai voulu tenter de comprendre cette coexistence en observant les animaux mais aussi en rencontrant des éleveurs et des spécialistes » raconte Thomas Julienne. Au-delà d’une quête scientifique, ce périple est aussi et surtout une aventure personnelle intense qui n’est pas la première du genre entreprise par le jeune homme.

Les voyages forment la jeunesse…

Originaire de banlieue parisienne, Thomas Julienne étudie la biologie à la Sorbonne. « J’ai toujours été attiré par la faune, en particulier par les oiseaux.  Petit, je voulais être ornithologue. Après mon bac (scientifique) j’ai hésité entre une école d’ingénieur et la biologie, je peux dire aujourd’hui que j’ai fait le meilleur choix de ma vie ! » se souvient-il. Avec son meilleur ami, il part en itinérance pendant les vacances et effectue sa troisième année de licence en Erasmus à Helsinki en Finlande.

« Six mois de cours sur la biodiversité et la faune passionnants, deux mois de voyage en Laponie pour observer les rennes, bœufs musqués et autres espèces du grand Nord, dont un mois à pied et l’autre en stop. C’est à ce moment-là que je me suis mis à faire de la photo et de la vidéo. J’ai tout appris tout seul et j’ai adoré ça » déclare Thomas Julienne. A son retour, il est malgré tout encouragé par ses parents à poursuivre ses études. C’est à l’université de Bordeaux qu’il choisit de poser ses valises en intégrant le master Biodiversité, écologie, évolution  cursus qui correspond bien à ses appétences. « Je n’avais jamais mis un pied à Bordeaux, je m’y suis sentis bien et les apprentissages, plus concrets qu’en licence m’ont beaucoup intéressé. Le soir, après les cours je montais mon film sur la Laponie, cela m’a demandé 4 mois de travail… » poursuit-il.

L’Espace orientation carrière m’a accompagné tout au long de mon projet de césure, cela m'a beaucoup aidé à concrétiser ce rêve.

Thomas Julienne

Repartir. Plus loin. Plus longtemps. Différemment. Mais toujours en quête d’aventures et de sens. Toujours à la recherche de réponses sur l’impact des activités humaines sur la nature. Cette fois ci, c’est le sort des pumas de Patagonie qui intrigue l’étudiant. À la fin de son M1, il décide de profiter du dispositif de césure proposé par l’université de Bordeaux pour concrétiser ce rêve, qu’il finance en donnant des cours de guitare et d’anglais tout au long de l’année.

C’est en vélo que Thomas Julienne va effectuer ce périple. « Je suis parti de Salta en Argentine. J’ai pédalé pendant cinq mois jusqu’à Ushuaïa à travers le Chili et l’Argentine, soit 7000 kilomètres. Le vélo est un moyen de locomotion idéal pour découvrir un territoire, s’imprégner de l’environnement, des paysages, nouer des contacts avec les locaux. Je me suis arrêté tout le long pour observer les pumas, (pas facile…) interviewer les éleveurs, les guides, les scientifiques (en espagnol s’il vous plait…). J’ai vécu des moments magiques avec les animaux ; un matin il y avait un puma juste derrière ma tente, un instant hors du temps ; fait des rencontres incroyables avec les gens, traversé des panoramas hallucinants, bravé 6 tempêtes de neige, lutté contre un vent d’enfer, essuyé plein de galères techniques… Je me suis toujours débrouillé. J’étais là pour comprendre une situation, vivre une aventure, et produire un documentaire. J’ai filmé et photographié sans cesse » rapporte-t-il.

Après 20 jours passés à Ushuaïa il est temps de repartir, mais pas si vite… « Je voulais rentrer en France en bateau à voile. En trainant sur les pontons, j’ai rencontré un vieux skipper de 75 ans qui m’a embarqué jusqu’à Rio au Brésil. J’ai ensuite pris un bus jusqu’en Guyane, un avion jusqu’à St Martin aux Antilles, puis j’ai rejoint un autre voilier pour traverser l’Atlantique jusqu’à Lorient. Je suis arrivé à bon port le 1er juillet dernier, et le 1er septembre j’étais à nouveau sur les bancs de la fac à Bordeaux pour démarrer ma seconde année de master. » Et la boucle est bouclée…

Partager la beauté de cette faune et sensibiliser le grand public à ses enjeux

Un périple rondement mené, une expérience excessivement riche d’apprentissages divers au niveau scientifique, photographique mais aussi technique et personnel. « J’ai désormais une autre vision de la conservation des écosystèmes. Je pense aussi que je suis plus ouvert et plus à l’écoute des autres » avoue Thomas Julienne en toute humilité.

Depuis septembre, il alterne les cours et le montage de son film, un sacré challenge car son objectif est une diffusion en salles de cinéma et en festival. L’avant-première qui a eu lieu ce dimanche 9 mars à Paris a fait salle comble.