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Controverses «Les frontières de la médecine»

La cinquième Controverse de l’université de Bordeaux aura lieu le 17 décembre au Pôle juridique et judiciaire sur le thème des frontières de la médecine.

Notre objectif n'est pas d'opposer des positions militantes, mais de proposer une réflexion collective sur les contours actuels de la pratique médicale à la lumière des évolutions sociétales et de la santé. En effet, le concept de médecine est sans cesse questionné. Alors que les avancées scientifiques et technologiques repoussent les limites de la médecine fondée sur les preuves telle qu’elle est enseignée à l’université, de nouvelles formes de pratiques, souvent regroupées sous le terme de médecines alternatives ou complémentaires, telles que l'homéopathie, l'acupuncture ou certaines formes de « soins énergétiques », sont de plus en plus populaires même si elles suscitent des débats quant à leur efficacité et leur intégration au sein des frontières de la médecine.

En effet, le recours croissant dans la population à des approches holistiques qui visent à traiter l’individu dans sa globalité (corps, esprit, environnement), ainsi qu'aux médecines alternatives, soulève des questions centrales qui méritent d’être débattues dans un cadre universitaire : quelles sont (ou doivent) être les limites de la médecine « scientifique » ? Peut-on accepter dans le cadre médical des pratiques qui n’ont pas été validées par des études rigoureuses ? Comment garantir que les patients bénéficient de soins sûrs, tout en respectant leur liberté de choix thérapeutique ? La solidarité nationale doit-elle prendre en charge le coût de ces pratiques ? Ces interrogations résonnent tout particulièrement aujourd’hui, à une époque où la santé est plus que jamais un enjeu social majeur.

La montée en puissance de ces approches alternatives est aussi symptomatique de tendances sociales profondes que l’on voit se renforcer, notamment depuis la pandémie de la Covid. Il s’agit de la méfiance grandissante envers la recherche, la parole des chercheurs et certaines institutions dont la médecine dite « classique » fait partie, et de l’attrait pour des pratiques parfois perçues comme plus naturelles ou plus centrées sur l’individu. Cela pose une autre question essentielle : la médecine doit-elle s’ouvrir à ces demandes, ou doit-elle au contraire tracer des lignes claires fondées sur des critères scientifiques stricts ?

Ce débat-controverse, autour de ce thème et de ces questions, doit permettre d’ouvrir un espace de réflexion rigoureux et d’explorer comment la médecine et ses pratiques peuvent évoluer tout en respectant la nature et la valeur des preuves scientifiques robustes.

Pour démêler les enjeux de cette controverse, Pierre Dos Santos, cardiologue, professeur de physiologie et chef du service de cardiologie spécialisé dans le traitement de l’insuffisance cardiaque au CHU de Bordeaux (CRCTB) et Maël Lemoine, professeur de philosophie des sciences médicales à l’université de Bordeaux (ImmunoConcept) animeront un débat avec :

Stéphanie Debray, philosophe des Sciences, Université de Lorraine, dont les travaux portent sur le problème de la démarcation entre science et non-science qui est au coeur de la problématique couverte par cette controverse.

Bruno Falissard, mathématicien, psychiatre, Professeur de Biostatistique, Université Paris Saclay, directeur du Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations de l'INSERM, spécialiste de l'évaluation des médicaments et des soins non conventionnels, de l'épistémologie et la méthodologie de recherche en médecine.

Fanny Charasse, sociologue, chercheuse à l’université Saint-Louis de Bruxelles, spécialisée en santé mentale, auteure d'une thèse intitulée "Magies de la modernité. Illégitimité et légitimation du magnétisme en France et du chamanisme au Pérou".

Localisation associée :

Pôle juridique et judiciaire
35 place Pey Berland à Bordeaux